Le tombeau du Philanthrope en 2014, à Wargnies-le-Grand (Nord).
Le tombeau du Philanthrope en 2014
Chatsam · 2014-04-09 · Source originale · CC BY-SA 3.0
Photographie entière, sans retouche ; versions d’affichage redimensionnées et compressées. Cliquez pour ouvrir l’original (3648 × 2736 pixels).

Xavier Éléodore Delvallée (1847-1926)

Xavier Éléodore Delvallée naît le 23 février 1847 à Wargnies-le-Grand. De grande stature — il mesure un mètre quatre-vingt-dix — il appartient à une famille aisée du village et vit de ses rentes en hobereau campagnard, sans jamais exercer de charge publique ni contracter de mariage. Cette indépendance matérielle et familiale lui laisse toute latitude pour se consacrer à ses convictions philanthropiques : il distribue ses largesses aux pauvres du village et de la région, ce qui lui vaut rapidement le surnom affectueux de « Le Philanthrope », devenu son identité propre aux yeux de la communauté.

Il décède le 13 décembre 1926, après avoir organisé avec une précision méticuleuse la disposition de ses biens et la mémoire de sa vie. Son testament reflète la même générosité qui avait caractérisé son existence : il lègue ses biens aux pauvres et offre au village un terrain destiné à devenir un cimetière. Ce dernier geste illustre une philosophie cohérente, celle d’un homme qui n’a jamais voulu accumuler pour lui-même ce que d’autres pouvaient partager.

La construction du mausolée

La décision la plus spectaculaire de Xavier Delvallée est sans doute d’avoir entrepris, de son vivant, la construction de son propre tombeau. Ce choix, à la fois audacieux et révélateur d’une forte personnalité, conduit à la réalisation d’un monument unique dans le Nord de la France. L’emplacement choisi se trouve à la sortie du village en direction de Bry, sur un terrain légèrement en élévation qui confère au monument une visibilité remarquable.

Le matériau retenu pour l’ensemble de la construction intérieure est la pierre bleue de Soignies, roche calcaire belge réputée pour sa densité et sa qualité esthétique, utilisée dans toute la région pour les monuments de prestige. Son approvisionnement depuis la Belgique représente un effort logistique notable. Xavier Delvallée va jusqu’à installer lui-même un rail Decauville sur le chantier pour acheminer l’argile nécessaire aux remblais de la butte artificielle, illustrant ainsi un investissement personnel qui dépasse la simple commande à des artisans.

L’extérieur

La silhouette du tombeau est celle d’une butte artificielle de sept à huit mètres de hauteur pour une vingtaine de mètres de large. Cette forme de colline, inhabituelle pour un monument funéraire du XIXᵉ siècle, rappelle davantage les tumuli préhistoriques que les caveaux classiques, et confère au lieu une présence singulière dans le paysage plat du Hainaut. Au sommet de la butte, un Christ en pierre étend les bras, figure tutélaire visible de loin. Des tours crénelées encadrent le monument et lui donnent une allure quasi médiévale, comme si le bâtisseur avait voulu associer sa mémoire aux anciens seigneurs du village.

L’ensemble, dont la construction mobilisa des moyens considérables, témoigne d’une volonté affirmée de laisser une trace durable. La monumentalité n’est pas ici ostentation vaine, mais expression d’une identité assumée : celle d’un homme qui a fait du don et de la générosité le principe de son existence.

Lire le décor du tombeau

La notice officielle Palissy, consacrée au tombeau de Wargnies-le-Grand (59639), décrit deux pièces souterraines : une antichambre avec une statue en pied et des bustes familiaux, puis une chambre funéraire avec le sarcophage et la représentation de Delvallée sur son lit, veillé par une religieuse. Elle distingue la construction en pierre bleue des sculptures en pierre blanche.

Les descriptions locales précédemment reprises ici comptaient trois espaces. Cette différence de découpage reste à confronter aux plans et à un relevé du monument ; elle ne permet pas, à elle seule, de conclure à une transformation des lieux.

Un patrimoine protégé depuis 1991

Le tombeau est inscrit au titre objet depuis le 15 avril 1991, selon cette même notice du ministère de la Culture. Cette protection concerne l’œuvre désignée dans la notice.

Legs et postérité

Xavier Delvallée ne se contente pas de laisser un monument : il organise sa postérité dans ses moindres détails. Il lègue l’ensemble de ses biens aux pauvres, conformément à la vocation philanthropique qui a guidé toute sa vie. Mais il fait plus : il donne au village le terrain situé derrière son mausolée, à charge de le transformer en cimetière communal. Ce cimetière est inauguré le 5 avril 1926, soit huit mois à peine avant la mort de son bienfaiteur le 13 décembre suivant. Xavier Delvallée a ainsi la satisfaction rare de voir de son vivant le dernier de ses legs réalisé.

Ce geste final résume l’homme : même dans la mort, il pense aux autres — offrant aux habitants de Wargnies-le-Grand un lieu de sépulture commun, adjacent à son propre mausolée, comme pour ne pas se séparer entièrement de la communauté à laquelle il avait consacré sa vie.

Le Club du Philanthrope (1985)

En avril 1985, près de soixante ans après la mort de Xavier Delvallée, les aînés du village fondent le Club du Philanthrope en hommage à sa mémoire. Cette association, dont la secrétaire en 2000 est Lucienne Delmotte, organise des sorties culturelles, des repas conviviaux et maintient le lien social entre les générations les plus anciennes du village. Le choix de ce nom n’est pas anodin : il manifeste que Xavier Delvallée reste, pour ses héritiers, une figure de référence, un modèle de générosité enraciné dans le terroir wargnisien.

Visite

Les récits locaux mentionnent des ouvertures lors de fêtes carillonnées. Pour connaître les possibilités actuelles d’accès à l’intérieur, se renseigner auprès de la mairie de Wargnies-le-Grand avant de se déplacer.


Sources : Bernard Dupont (mai 1986) ; Claude Dagostino, « Petite Histoire de Wargnies-le-Grand — Édition du 3ᵉ Millénaire » (2000).