L’origine — XVIIIᵉ siècle

Le calvaire de Danezan est un ensemble sculptural composé de quatre statues taillées en chêne, datant du XVIIIᵉ siècle. Il tire son nom de Jean-Baptiste Danezan (né en 1733 à Auch en Gascogne, mort en 1801 à Valenciennes), sculpteur français qui s’établit dans le Nord et auquel l’œuvre est attribuée. Une convention signée le 15 avril 1784 entre Louis Joseph Croix et Jean Baptiste Danezan établit les conditions d’érection ou d’entretien du calvaire — premier acte documenté qui ancre l’ensemble dans l’histoire locale. Cet acte, dont l’objet précis est l’érection ou l’entretien du calvaire, constitue la première mention documentée de l’ensemble sculpté et lui confère une date d’ancrage ferme dans l’histoire locale.

L’ensemble était originellement dressé au lieu-dit « la Géniette », un toponyme qui désigne un terrain bocager en lisière du village. Ce type d’implantation, à l’écart des habitations mais visible des chemins, est caractéristique des calvaires ruraux du XVIIIᵉ siècle dans le Nord de la France et en Belgique. Ces monuments de dévotion populaire jalonnaient les routes et les carrefours, invitant les passants à une brève halte de prière et rappelant la présence du sacré dans l’espace quotidien.

Les quatre statues en chêne représentent le groupe traditionnel du calvaire : le Christ en croix — sculpté, selon la tradition orale, dans l’arbre tournant (la pièce mobile centrale) d’un ancien moulin du village —, saint Joseph (statue d’environ 1,92 m pour ~200 kg), saint Jean l’Apôtre et sainte Marie-Madeleine (~100 kg). La taille dans le chêne, bois dense et durable, témoigne du soin apporté à ces sculptures destinées à traverser les siècles en plein air.

La restauration de 1990

Après deux siècles d’existence, les quatre statues ont nécessité une restauration. L’ensemble a été soigneusement remis en état avant d’être réinstallé à l’intérieur de l’église Saint-Amand, dans le transept droit, le 15 novembre 1990. Ce choix de reloger le calvaire à l’intérieur de l’édifice religieux, plutôt que de le remettre en place dans son environnement extérieur d’origine, témoigne d’une volonté de protéger les sculptures des intempéries et de leur assurer une conservation à long terme.

La date de réinstallation — le 15 novembre 1990 — coïncide avec une période de renouveau des initiatives de sauvegarde du patrimoine rural en France, portées par des associations et des collectivités conscientes de la fragilité de cet héritage. La commune de Wargnies-le-Grand s’inscrit pleinement dans ce mouvement, et la réussite de cette restauration sera rapidement reconnue au niveau national.

Le Prix FNASSEM 1991

L’année suivant la réinstallation, en 1991, le calvaire de Danezan se voit décerner le 3ᵉ Prix National de la FNASSEM, la Fédération Nationale des Associations de Sauvegarde des Sites et Ensembles Monumentaux, assorti de la mention « Très Bien ». Cette récompense, attribuée à l’échelle nationale, consacre la qualité du travail de restauration et place la commune de Wargnies-le-Grand sous le regard favorable des institutions du patrimoine français.

Pour une commune rurale de mille habitants, une telle distinction représente une reconnaissance remarquable. Elle témoigne que le soin apporté à la sauvegarde des sculptures locales dépasse les critères habituels de l’entretien communal ordinaire, pour atteindre un niveau d’exigence comparable à celui des restaurations pratiquées sur les monuments classés des grandes villes. Le calvaire de Danezan, discret dans son transept, porte ainsi une distinction nationale qui lui confère une dignité patrimoniale à la mesure de sa valeur artistique.


Source : Claude Dagostino, « Petite Histoire de Wargnies-le-Grand — Édition du 3ᵉ Millénaire » (2000).