L’église Saint-Amand en 2023, à Wargnies-le-Grand (Nord).
L’église Saint-Amand en 2023
Pierre André Leclercq · 2023-03-16 · Source originale · CC BY-SA 4.0
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L’église de Wargnies-le-Grand est dédiée à saint Amand, comme l’indique la paroisse Saint-Jean-Bosco en Mormal. La mention « Saint-Martin » précédemment affichée sur ce site a été corrigée.

L’édifice actuel (1892-1900)

La construction de l’église actuelle débute le 11 octobre 1892, date à laquelle est posée la première pierre. Le chantier mobilise des matériaux soigneusement choisis : briques locales et pierres bleues du Hainaut composent les murs et les ornements, dans un style néo-gothique caractéristique de la fin du XIXᵉ siècle. L’édifice est suffisamment avancé pour être consacré au culte dès le 11 avril 1898 (lundi de Pâques), bien que les travaux se poursuivent jusqu’en avril 1900. Ce décalage entre l’ouverture liturgique anticipée et l’achèvement définitif de la fabrique témoigne de l’impatience de la communauté paroissiale à retrouver un lieu de culte digne de ce nom après les vicissitudes de l’église précédente.

L’église est dédiée à saint Martin de Tours, patron de la paroisse, selon une tradition qui remonte au Moyen Âge. Son volume intérieur, généreux pour une commune rurale, reflète la prospérité que le village connaissait encore à l’époque de la construction, lorsque la sucrerie et les industries avoisinantes employaient plusieurs centaines d’habitants.

La grande chronologie : du salpêtre à la nef neuve (1793-1900)

L’histoire du bâtiment a connu un siècle entier de vicissitudes entre la Révolution et la Belle Époque, qu’il est possible de reconstituer avec une précision exceptionnelle grâce aux archives :

  • 1793 — l’ancienne église est transformée en salpêtrerie sous la Révolution puis incendiée
  • 1842 — réparation de la couverture avec des ardoises de Fumay et nouveau pavage en pierres noires de Belgique
  • juin-juillet 1862 — démolition du clocher menaçant ruine
  • 11 octobre 1892 — pose de la première pierre de l’église actuelle ; architecte Fievet
  • mai 1892 — remplacement de Fievet par l’architecte Dutouquet
  • mars 1893 — démolition de l’ancienne église
  • mai 1897 — Mme Derveaux finance à ses frais le nouveau pavage, le maître-autel et les vitraux du chœur
  • 3 mars 1898 — désignation d’Auguste Depasse comme troisième architecte
  • 11 avril 1898 — ouverture solennelle au culte (lundi de Pâques)
  • octobre 1899 — pilastres taillés par Lebecq Dubois ; chemin de croix érigé en novembre, cloches réinstallées
  • avril 1900 — achèvement officiel de la construction

Trois architectes se succèdent donc en sept ans, et la générosité de Mme Derveaux — sans doute issue de la grande famille Dervaux dont l’influence locale au XIXᵉ siècle fut considérable — permet de boucler le financement des éléments les plus visibles du sanctuaire : pavage, autel et vitraux.

L’édifice précédent et la mémoire du XIIIᵉ siècle

L’église actuelle ne naît pas du néant. Elle s’élève sur le souvenir d’un édifice médiéval du XIIIᵉ siècle, qui avait traversé les siècles avant de subir les outrages de la Révolution. Sous la période révolutionnaire, l’ancienne église fut transformée en salpêtrerie — un usage militaro-industriel alors courant pour les édifices religieux réquisitionnés. La production de salpêtre, composant essentiel de la poudre à canon, justifiait aux yeux des autorités la profanation de l’espace sacré.

L’édifice sort de cette période dans un état profondément dégradé. La décision la plus visible et la plus douloureuse pour les habitants est prise en 1862 : le clocher médiéval, devenu dangereux ou jugé inesthétique, est démoli. Cette démolition prive le village de son repère vertical séculaire et scelle le destin de l’ancienne fabrique. Une trentaine d’années plus tard, il est décidé de construire un édifice entièrement neuf plutôt que de tenter une restauration coûteuse et incertaine.

Les éléments conservés

Le passage d’un édifice à l’autre n’a cependant pas été une table rase. Quatre colonnes à chapiteaux de l’ancienne église ont été préservées et replacées sur la terrasse de l’édifice actuel, témoins lapidaires de la continuité entre les deux sanctuaires. Ces vestiges permettent au visiteur attentif de mesurer la qualité de la taille de pierre médiévale et de la mettre en regard avec les matériaux du XIXᵉ siècle.

À l’intérieur, le maître-autel en marbre et les vitraux du chœur constituent les pièces maîtresses du mobilier liturgique. Ces deux ensembles ont été offerts par la famille Dervaux, dont l’influence sur la vie du village au XIXᵉ siècle fut considérable. La qualité des vitraux, dont les teintes et la composition témoignent d’un savoir-faire affirmé, contribue à l’atmosphère recueillie de l’édifice.

Les pierres tombales de 1354

Parmi les trésors conservés dans l’église Saint-Amand, les pierres tombales de 1354 occupent une place singulière. Leur inscription, qui mentionne le « 28 mars, vendredi d’avant Pâques flories 1354 », permet de les dater avec précision, fait rare pour des monuments funéraires ruraux de cette époque. L’expression « Pâques flories », c’est-à-dire le dimanche des Rameaux, ancre la date dans le calendrier liturgique médiéval, ce qui ajoute une dimension symbolique à ces dalles.

Leur valeur patrimoniale est officiellement reconnue le 29 décembre 1906, date à laquelle elles sont classées Monument Historique. Ce classement protège les deux dalles contre toute altération et les inscrit dans l’inventaire national du patrimoine français, conférant à l’église Saint-Amand une distinction qui dépasse le cadre local.

Un siècle de restaurations (1917-2017)

L’édifice neuf n’aura pas connu de longue paix. La Première Guerre mondiale lui inflige sa première blessure, et les générations suivantes auront à cœur de l’entretenir avec soin :

  • 1917 — les troupes allemandes retirent les cloches ; clocher endommagé, clochetons détruits
  • 1922 — installation de trois nouvelles cloches
  • 1930 — démolition et réfection des voûtes en briques creuses
  • 1974 — refonte de la couverture du clocher et de la nef
  • 1994 — travaux de charpente et de couverture au niveau des noues
  • 2017 — restauration des dalles funéraires médiévales par Christine Bazireau (Saint-Vast-en-Chaussée), avec le concours de l’entreprise SRMH (Bruay-sur-l’Escaut)

Le retour des dalles de 1354 à leur lustre originel en 2017 clôt un cycle d’un siècle exactement après leur première mutilation par la Grande Guerre — un beau symbole de la persistance patrimoniale au-delà des conflits.

Le calvaire de Danezan

L’église abrite également un ensemble sculptural remarquable : le calvaire de Danezan, quatre statues en chêne du XVIIIᵉ siècle, restaurées et réinstallées dans le transept droit le 15 novembre 1990. Cet ensemble, primé l’année suivante par la Fédération Nationale des Associations de Sauvegarde des Sites et Ensembles Monumentaux, fait l’objet d’un article spécifique auquel le lecteur est renvoyé pour une présentation détaillée.


Sources : Claude Dagostino, « Petite Histoire de Wargnies-le-Grand — Édition du 3ᵉ Millénaire » (2000) ; Bernard Dupont (mai 1986) ; villesetvillagesdelavesnois.org/wargnieslegrand pour la chronologie 1793-1900 ; patrimoine-avesnois.fr pour le siècle de restaurations.