Fondation (1835)

En 1835, deux entrepreneurs, Dubreuille et Defite, choisissent le lieu-dit « ferme de Saint-Amand » pour y établir une sucrerie de betteraves. Le site est bien choisi : Wargnies-le-Grand se trouve au cœur d’un territoire agricole dont l’assolement triennal réserve une large place à la betterave sucrière, et la plaine du Hainaut fournit une main-d’œuvre abondante.

Dès ses premières décennies d’activité, l’établissement s’impose comme l’un des principaux centres de fabrication du sucre dans le Nord de la France. Il traite jusqu’à dix millions de kilogrammes de betteraves par an et emploie jusqu’à deux cents personnes, ce qui en fait de loin le premier employeur de la commune.

Apogée et reconnaissance

Le savoir-faire wargnisien est reconnu au plus haut niveau en 1849, lorsque la sucrerie obtient une médaille d’argent à la 11ᵉ Exposition publique des produits de l’Industrie à Paris. Cette distinction nationale consacre la qualité de la production locale et la réputation de l’établissement dans le secteur sucrier du Nord.

La succession des directeurs — Dubreuille, puis Dervaux le Detitte — assure la continuité technique et commerciale de l’entreprise tout au long de la seconde moitié du XIXᵉ siècle.

Sous Louis Dervaux-Ibled

La figure la plus marquante de l’histoire de la sucrerie est sans conteste Louis Dervaux-Ibled, ingénieur diplômé de l’École Centrale. Sous sa direction, l’établissement connaît une extension considérable : les bâtiments sont agrandis, les procédés modernisés, la capacité de traitement augmentée.

Dervaux-Ibled ne se contente pas de gérer l’outil industriel existant : il crée également une variété de betterave sucrière améliorée, dite variété « Brabant », adaptée aux terres du Hainaut et dotée d’une teneur en sucre supérieure. Cette contribution agronomique illustre le lien étroit entre industrie sucrière et pratiques agricoles locales.

1893 : Wargnies industrielle

En 1893, le village compte 220 habitations pour 982 habitants. Ce chiffre est révélateur : le pic démographique a été atteint deux ans plus tôt, en 1891, avec 1 042 habitants — un niveau que Wargnies ne retrouvera qu’en 1999 (1 064). La sucrerie est au centre de cette prospérité : elle attire des travailleurs, stimule le commerce local, et entretient indirectement une bonne partie des artisans et commerçants du village.

Les trois brasseries, les estaminets, les briqueteries et les ateliers artisanaux qui fleurissent dans ces années-là sont tous tributaires, directement ou indirectement, du dynamisme économique insufflé par l’industrie sucrière.

1902–1904 : une fin d’activité à préciser

Le récit local situe la dissolution de la société en 1902. La notice de l’Inventaire général, rédigée en 2008 pour Wargnies-le-Grand, donne toutefois une activité de 1835 à 1904. Il reste à distinguer la dissolution de la société, la fin de la fabrication du sucre et la reconversion des bâtiments en consultant les documents d’origine. Les causes exactes de cette fermeture ne sont pas détaillées dans les sources disponibles, mais ses effets démographiques sont clairement mesurables : entre 1891 et 1921, la population de Wargnies passe de 1 042 à 776 habitants, soit une chute de 26 % en trente ans. La fermeture de la sucrerie, suivie de la Première Guerre mondiale, est la principale explication de ce déclin.

De nombreux ouvriers et artisans quittent le village, faute d’emploi. Les estaminets ferment les uns après les autres. Le village entre dans une longue période de stagnation démographique qui durera jusqu’aux années 1970.

1904 : la distillerie

Selon le récit local, en 1904, une distillerie reprend l’activité dans les bâtiments de la « ferme de Saint-Amand » pour y pratiquer la rectification des alcools de Bavay. Cette reconversion partielle ne compense qu’à la marge les pertes d’emploi liées à la fermeture de la sucrerie, mais elle témoigne de la résilience des acteurs économiques locaux face à la crise industrielle.


Sources : O. Dumont, instituteur, Monographie de la Commune (1904) ; Pierre Busignies, Monographie (1986).