La mobilisation (août 1914)
En août 1914, la mobilisation générale vide Wargnies-le-Grand de ses hommes valides. Le maire et son adjoint sont eux-mêmes appelés sous les drapeaux, laissant le village sans gouvernement élu. Jules Dehove assume alors la direction d’une commission administrative de circonstance, entouré de MM. Busignies, Depret, Devallée et Richez. Cette commission assure la gestion courante de la commune pendant toute la durée du conflit, dans des conditions difficiles dictées par l’occupation, les réquisitions et l’isolement croissant.
La rapidité de la mobilisation et l’avancée allemande dans le Nord plongent immédiatement le village dans un état d’urgence. Le Hainaut, région frontalière, devient rapidement une zone d’arrière-front soumise à la surveillance et aux contraintes de l’occupant.
L’arrière-front
En l’absence des hommes mobilisés, ce sont les femmes, les vieillards et les adolescents qui prennent en charge les exploitations agricoles. Les fermes de Wargnies, dont la prospérité repose sur la culture des betteraves et des céréales, continuent tant bien que mal à produire sous la direction de ceux qui sont restés.
La circulation est strictement encadrée : un laissez-passer est obligatoire pour se déplacer. Ce régime de contrôle pèse lourdement sur la vie quotidienne d’un village où les liens avec les bourgs et marchés voisins sont essentiels. Vers la fin de l’année 1917, la pénurie de denrées alimentaires et de produits de première nécessité atteint un niveau critique. Les familles font face à des privations sévères, tandis que les réquisitions militaires grèvent les ressources locales.
L’exode et l’accueil
Dès les premiers mois de la guerre, une partie de la population préfère fuir vers le Sud plutôt que de rester sous l’occupation. Cet exode interne touche plusieurs familles de Wargnies.
Dans le même temps, le village accueille des réfugiés venus du Pas-de-Calais, eux aussi chassés par l’avancée du front. Les communes de Haplincourt, Hermies, Doignies, Bapaume et Marcoing sont parmi celles qui envoient des déplacés vers le Hainaut. Cette solidarité de circonstance impose aux habitants restants de partager des ressources déjà réduites, dans des logements souvent exigus.
L’accueil de ces populations déplacées témoigne d’un tissu de solidarité rurale qui transcende les frontières administratives, même dans les conditions les plus éprouvantes.
Les morts du village (35)
Trente-cinq hommes de Wargnies-le-Grand tombent au front pendant la Grande Guerre. La répartition par année révèle une concentration particulièrement tragique en 1915, année des grandes offensives :
- 1915 : 11 morts — l’année la plus meurtrière pour le village, lors des offensives d’Artois et de Champagne.
- 1916 : 4 morts — les combats de la Somme et de Verdun touchent également des soldats du village.
- 1917 : 2 morts — année d’usure et de crise morale pour les armées françaises.
- 1918 : 5 morts — l’année des dernières offensives et de la victoire, mais au prix de nouvelles pertes.
- 1914 et autres années : les 13 morts restants se répartissent sur les autres périodes du conflit.
Ces trente-cinq morts représentent une saignée considérable pour une commune de moins de neuf cents habitants. Derrière chaque nom, c’est une famille endeuillée, une exploitation privée de son chef, une génération décimée.
Démographie après-guerre
Le recensement de 1911 comptait 872 habitants à Wargnies-le-Grand. Celui de 1921 n’en recense plus que 776 : une perte de 96 personnes en dix ans, soit près de 11 % de la population.
Cette chute n’est pas imputable aux seuls morts au combat. Elle reflète une double dynamique : la perte directe des trente-cinq soldats tués, à laquelle s’ajoute l’émigration rurale liée à la désorganisation économique d’après-guerre. Les fermes sans héritiers, les familles brisées, le découragement devant la reconstruction — autant de facteurs qui poussent une partie des survivants à quitter le village pour les villes industrielles du Nord ou d’ailleurs.
La commune mettra plusieurs décennies à retrouver son niveau d’avant-guerre : ce n’est qu’en 1982, soixante ans après l’armistice, que Wargnies franchit à nouveau le cap des mille habitants, grâce à la construction de nouveaux lotissements.
Les 24 sépultures du Commonwealth
À Wargnies-le-Grand, la mémoire de la guerre comprend aussi les hommes venus d’outre-Manche. La Commonwealth War Graves Commission recense 24 sépultures identifiées de la Première Guerre mondiale dans le lieu qu’elle nomme Wargnies-le-Grand Churchyard. Il s’agit des soldats inhumés sur place, un ensemble distinct des morts originaires du village évoqués plus haut.
Frank Sydney Bee, messager du télégraphe puis soldat
En 1911, Frank Sydney Bee travaille comme messager du télégraphe. Le mémorial du Nottinghamshire retrace sa vie familiale : il épouse Ada L. Chambers en 1915 et leur fils naît l’année suivante. Devenu Lance Corporal au 8e bataillon du North Staffordshire Regiment, il meurt au combat le 4 novembre 1918, à 21 ans, une semaine avant l’armistice.
Sa notice confirme son inhumation à Wargnies-le-Grand. Elle relie ainsi une tombe du village à une famille du Nottinghamshire, à un métier et à une vie interrompue. Consulter sa notice biographique.