À Wargnies-le-Grand, la Grande Aumône repose sur un principe singulier : redistribuer aux habitants le revenu de terres agricoles. Les récits de Bernard Dupont et Claude Dagostino décrivent la remise d’enveloppes nominatives et la signature d’une feuille d’émargement. Ils rattachent l’organisation de cette coutume à l’arrêté préfectoral du 30 mai 1808, tandis que son origine médiévale fait l’objet de plusieurs traditions.

Trois hypothèses sur l’origine

L’origine de la Grande Aumône reste obscure. Les sources disponibles — Dupont (1986), Dagostino (2000), et la notice régionale de Jean Mossay (1939) — convergent sur l’ancienneté de l’institution sans trancher entre les hypothèses concurrentes.

La première hypothèse rattache la fondation à l’incendie de 1340, lorsque l’armée du duc de Normandie ravagea le village. Une dotation en terres aurait été constituée en réparation ou en mémoire de cette destruction.

La deuxième hypothèse fait intervenir une épidémie au XIIe siècle, qualifiée de « choléra » dans le récit transmis, sans diagnostic historique établi : Baudouin, comte de Hainaut, aurait accordé des terres labourables pour favoriser le repeuplement d’une commune décimée.

La troisième hypothèse est plus tardive et repose sur un récit de fidélité : au XIIIe siècle, un seigneur dont les serviteurs refusèrent de fuir lors d’une épidémie aurait, en reconnaissance de leur dévouement, légué une partie de ses terres dont les fermages seraient depuis redistribués à tous les habitants.

La distribution annuelle

Les monographies locales décrivent le mécanisme suivant. Les terres de la Grande Aumône sont louées à des fermiers, et le produit des fermages est distribué à parts égales entre tous les habitants — riches ou pauvres, sans distinction de condition. Dans ces descriptions, deux conditions régissent l’éligibilité : avoir résidé à Wargnies-le-Grand au 30 novembre de l’année précédente, et y demeurer encore le jour de la distribution.

L’arrêté préfectoral n°33 du 30 mai 1808 formalise une institution qui existait déjà depuis longtemps. La robustesse de la coutume se vérifie même en temps de guerre : en 1942, au cœur de l’Occupation, le quotidien La Croix rapporta que le percepteur avait distribué cette année-là les arrérages des trois années précédentes cumulés. Ce récit témoigne d’un rattrapage des versements ; il ne démontre pas une distribution sans interruption pendant la guerre.

Évolution des montants

La valeur nominale de chaque part a progressé lentement sur un siècle et demi, reflétant davantage l’inflation des fermages agricoles que la volonté d’enrichir les bénéficiaires.

AnnéeMontant individuelPopulation
18402 francs730 hab.
19008 francs—
198612 francs1 034 hab.

En un siècle et demi, le montant a été multiplié par six tandis que la population augmentait de 40 %. La part individuelle reste symbolique, mais c’est précisément ce caractère symbolique qui explique la longévité de la tradition : personne n’y voit un enjeu économique assez important pour la remettre en cause.

La situation décrite en 2009

D’après les données disponibles pour 2009, la Grande Aumône repose sur un patrimoine foncier de 14 hectares 81 ares 56 centiares, produisant 2 795 euros de fermages annuels répartis entre les quelque 1 000 Wargnisiens. Chaque habitant récupère son enveloppe nominative après signature de la feuille d’émargement — geste identique à celui de leurs ancêtres depuis des siècles. La somme décrite pour cette période est symbolique, mais la cérémonie demeure un moment identitaire fort, l’un des rares rituels collectifs qui rassemble l’ensemble des habitants sans distinction.

Une tradition encore évoquée en 2025

Le 4 mars 2025, L’Observateur consacre un article à la Grande Aumône de Wargnies-le-Grand, dont le titre annonce une part de 3 euros. Ce repère récent prolonge les descriptions anciennes, sans faire de ce montant une somme fixe pour les années suivantes.

Le titre et l’introduction sont accessibles librement ; le reportage complet est réservé aux abonnés. Le calendrier et les modalités de chaque distribution sont à vérifier dans l’annonce municipale de l’année concernée.