La dynastie Dervaux (1816-1903)
L’histoire municipale de Wargnies-le-Grand s’ouvre le 24 juin 1816, lorsque le Préfet nomme Pierre Omer Dervaux — né en 1782 — premier maire de la commune sous la Restauration. Pierre Omer exercera ses fonctions jusqu’en 1858, avec une interruption entre 1831 et 1835, représentant à lui seul plus de quarante ans de présence aux commandes de la vie locale. À sa suite, son proche Ferdinand Joseph Dervaux lui succède brièvement en 1858, avant que le manteau ne passe à la figure la plus marquante de la lignée.
Louis Dervaux s’installe à la mairie en 1862 et n’en partira qu’en 1903 : quarante et un ans de mandat continu, record absolu de longévité dans l’histoire communale de Wargnies-le-Grand. Ingénieur formé à l’École Centrale de Paris, Louis Dervaux est bien plus qu’un édile de village : il est aussi à la tête de la sucrerie locale, qu’il développe considérablement durant ses années de direction. Sous son impulsion, l’usine atteint une production annuelle de plusieurs millions de kilogrammes de betteraves et remporte une médaille d’argent à l’Exposition de Paris de 1849. Louis Dervaux décèdera en 1907, quatre ans après avoir quitté la mairie, laissant derrière lui l’empreinte d’un homme qui aura simultanément géré la commune et son principal moteur économique.
En tout, la famille Dervaux aura tenu la mairie de Wargnies quasi sans interruption pendant près de quatre-vingt-cinq ans, de 1816 à 1903. Cette longévité dynastique n’est pas sans rappeler celle des grandes familles rurales du Hainaut, où le notable local cumulait souvent pouvoir économique et autorité civile.
La période troublée (1903-1919)
La fin du mandat de Louis Dervaux ouvre une période de grande instabilité. En juin 1903, Nicolas Carlier est élu maire, mais il ne restera en poste que onze mois — record de brièveté communale —, quittant ses fonctions en mai 1904. Paul Mahelle lui succède, avant que Picry Désiré, adjoint, ne prenne la tête de la commune en mai 1908. Eugène Valin arrive en mai 1912, mais l’instabilité ne s’arrête pas là : en 1912, Jean-Baptiste Picry et Nestor Lernoud se succèdent en alternance à la tête de la mairie, dans une configuration politique particulièrement mouvante.
La Grande Guerre vient encore compliquer la situation. Avec la mobilisation des hommes valides, c’est une commission administrative qui prend la direction des affaires locales, composée de Busignies, Depret, Devallee et Richez, sous la direction de Jules Dehove. Cette gestion collégiale de guerre durera jusqu’au retour à la vie politique normale après l’Armistice.
L’entre-deux-guerres (1919-1939)
En février 1919, Jean-Baptiste Picry reprend la mairie, avant qu’en décembre de la même année Nestor Lernoud n’échange à nouveau les fonctions avec lui — témoignant d’une alternance convenue entre les deux hommes qui avaient déjà partagé le pouvoir avant guerre. Cette cohabitation politique peu commune reflète les équilibres fragiles de l’immédiate après-guerre dans une commune encore marquée par ses pertes.
En mai 1929, la mairie connaît un tournant : Alexandre Busin est élu à l’unanimité du conseil municipal, avec Achille Niemenck comme adjoint. Cette élection sans opposition tranche avec les turbulences des deux décennies précédentes et signale le retour d’une certaine cohésion locale. Busin, fondateur de l’usine de laine portant son nom, est un industriel respecté qui apporte à la commune la même légitimité économique que Louis Dervaux en son temps. Henri Dehove lui succède en mai 1935, avec Busin comme adjoint — inversion des rôles qui souligne la continuité entre les deux hommes.
Après 1945
Alexandre Busin effectue un retour à la mairie en mai 1945, présidant aux premières élections dans lesquelles les femmes de Wargnies-le-Grand votent pour la première fois. Ce scrutin d’avril 1945 marque une rupture historique dans la vie démocratique du village. Achille Niemenck lui succède en octobre 1947, puis René Danriez prend la tête de la commune en 1953.
Le 15 mai 1959, Louis Mahelle est élu maire, avec François Cauchy comme adjoint. Ce tandem s’avérera particulièrement durable : Cauchy cumulera vingt-quatre ans de mandat d’adjoint, traversant plusieurs municipalités. En 1959 également, une femme siège pour la première fois au conseil municipal — quatorze ans après l’obtention du droit de vote. Léon Basset prend la mairie en 1971 avant de céder la place à Henri Maillot en mars 1977 ; c’est sous ce mandat que Marie-Paule Cauchy-Évrard devient la première femme adjointe au maire de l’histoire de Wargnies-le-Grand.
En mars 1983, Gérard Galabru est élu maire, date importante à double titre : le conseil municipal passe de treize à quinze membres, la commune ayant franchi le seuil du millier d’habitants. Bernard Dupont est élu en mars 1989, avec Albert Vandevelde comme second adjoint ; il pilotera la commune tout au long de la décennie 1990. Les élections de 1995 sont décalées en juin, circonstance exceptionnelle, avant que mars 2001 ne voie le premier scrutin municipal du nouveau millénaire.
Au total, le XXᵉ siècle aura compté vingt élections municipales à Wargnies-le-Grand, avec une participation moyenne remarquable de 85 à 95 %, signe de l’attachement persistant des Wargnisiens à la vie locale. Seize maires auront été élus au suffrage universel depuis l’instauration de ce mode de désignation.
Source du chapitre : Jacky Delhaye, conseiller municipal en 2000, dans la Petite Histoire de Wargnies-le-Grand éd. 3ᵉ Millénaire.